Tous ceux qui, s'étant aventurés dans les profondeurs labyrinthiques de la musique italienne du XVIIe siècle, se sont soudain retrouvés perdus dans une forêt dense de trémolos, de groppi et de passages, tous ceux qui ont été désorientés et perplexes face aux indications ambiguës de trilles ou de liaisons suggérées, et tous ceux qui, de surcroît, ont eu la chance de tomber sur des signes pour le moins énigmatiques et ont tenté de les traduire en articulations imaginées avec art et une fantaisie débridée – eh bien, tous ceux-là et bien d'autres trouveront réconfort et éclairage dans cet ouvrage qu'ils tiennent entre leurs mains, qui n'est pas seulement un livre volumineux, mais aussi un grand livre.
Constance Frei mérite d'être immensément saluée pour nous avoir offert un formidable « livre de mémoire » du violon, un texte qui peut servir, au troisième millénaire, non seulement de guide aux violonistes contemporains (une catégorie certainement sujette à une certaine forme d'oubli), mais aussi d'outil indispensable à tous les acteurs culturels qui s'intéressent à la musique que nous appelons « baroque » et qui vivent de cette musique. Car les véritables enjeux à résoudre, en définitive, résident précisément ici : dans cette littérature du XVIIe siècle, véritable kaléidoscope de styles, de formes, de symboles et de substances, d'où est née toute la musique moderne. Presque tous ces développements se retrouveront au siècle suivant – le siècle des traités, où tout sera expliqué et exposé rationnellement – élaboré et assimilé, génétiquement modifié et stylistiquement transformé. Certes, mais ce recueil de souvenirs démontre comment tous les fondements de la technique de l'archet étaient déjà envisagés dans la pratique du XVIIe siècle. C'est ici que l'archet devient l'âme du jeu, l'instrument principal pour parvenir à la parfaite « imitation de la voix humaine » dans toute sa subtile flexibilité sonore et la variété de ses nuances. (En français)
|